sept. off édition 2002

 

photo(s)-graphie(s)


présentation

première écriture de l'image, la lumière est condition de la genèse du langage photographique. s'ajoute à elle le temps, puis l'espace, le vide puis le plein, et toutes les graphies du monde.
parmi ces langages multiples, celui de l'âme et celui de la ville, celui du corps et celui du verbe, celui du geste et celui des murs. dépareillés, ils sont avant tout traces, graphies de vie(s) qui impressionnent la page et s'impriment en image.
la surface, tour à tour verre, puis papier, sensible par définition, apparaît donc aussi comme un système sémantique complexe, qui rassemble une multiplicité de signes qui participent à la rendre polysémique, une multiplicité de langues qui nous imposent d'être polyglottes.

ce pouvoir de fixer ce qui est avant tout labile, impose à la photographie la pertinence dans le choix du mot, et plus, l'habileté du style. car jouer des signes et les assembler dans l'image, jongler des mots n'est pas communiquer. pour parler une langue, encore faut-il manier avec passion et dextérité les éléments épars et les assembler avec art pour qu'ils délivrent, au pire une phrase, au mieux un Idée.

s'aventurer dans le thème "photo(s)-graphie(s)", c'est donc interroger les rencontres possibles de deux écritures, l'une lumière l'autre noire, envisager des conversations intimes entre l'image et le mot, penser la multilocation du sens et une nouvelle polyphonie de la photographie.

sur ce thème imposé, près de cent photographes se sont aventurés. vingt ont été retenus, sélectionnés sur la qualité de leur travail, la singularité de leur création, l'originalité avec laquelle ils l'avaient décliné.

écriture photographique, typographie, scénario photographique, photographie scénarisée,... les approches diffèrent et s'enrichissent. vêtues de noirs et de blanc ou polychromes, jouant des mots dans, avec ou à côté, parlant graphie ou griffonnant d'encre-lumière, les photographies ici présentées séduisent par leur diversité.
ce livre est à parcourir comme un polyptyque de papier, un objet-photo-graphique à appréhender comme une mise en abyme du thème.

aperçu orienté de la jeune photographie contemporaine et mise en public de l'image autour de la thématique, voilà ce qu'entend être cette quatrième édition du sept. off. aussi avons-nous souhaité adjoindre aux photographies qui vont suivre, une courte note écrite éclairant la démarche singulière de chaque photographe.

mais si, comme nous le dit lemagny , la critique est nécessaire, elle est aussi fébrile, fragile. si l'on s'arrange toujours avec la "description" d'une œuvre, on est mis à l'épreuve d'une analyse intérieure de l'œuvre, non de la forme, mais de l'essence, de l'intime. car saisir l'œuvre, n'est-ce pas parvenir à faire taire le monde au seul murmure d'une conversation filigranée entre l'œuvre et l'artiste ? n'est-ce pas dévoiler, à demi-mots, les silences ténus qui habitent le geste du peintre, le regard du photographe ? saisir l'œuvre, n'est-ce pas seulement arracher la pudeur et s'aventurer dans la part d'intime de l'art, dans la part intime de l'artiste, non pas maudite et cathartique, mais fragile et solitaire ?
peut-être s'agit-il alors d'accéder à une critique de l'œuvre du créateur, et non plus seulement à une critique de l'œuvre créée…

la photographie est un langage que nous donne à entendre nos yeux. nous laissons donc les pages suivantes à la conversation dansante des images et des mots, la place à un échange, qui, non pas seulement critique mais aussi poétique, tenterait de conter en mots l'aventure en image de vingt photographes.

elsa olu